Actualites






Le 06 août 2008


A lire dans la lettre d'information trimestrielle du PNUD au Maroc, l'interview de la cordinatrice du projet ALBAMAR dans la rubrique "Zoom sur un projet".


Le 26 juillet 2008


L’AFVIC a organisé une journée de sensibilisation sur les dangers de l’immigration clandestine à la bibliothèque de Ain Sbaa, destinée aux jeunes de ce quartier de Casblanca, en partenariat avec l'association Empreinte Atlas.


Le 23 juillet 2008


Découvrez les photos d'Anaïs Pachabézian sur la réalité vécue par les migrants subsahariens en transit, réalisées durant le mois d'octobre et novembre 2007 entre le Maroc et la Mauritanie.


TEMOIGNAGES DE MIGRANTS

rapport AFVIC naufrage

 

 

rapport AFVIC CCDH

 

 

 

GALERIE PHOTOS

DOCU LE PIEGE

reseau ram



temoignages

Témoignages tirés du livre La nuit sur la figure
Migrants subsahariens et maghrébins
La plupart présent en Algérie, mais aussi au Maroc et à Londres
Recueillis par Djamel Benramdane et Mustapha Benfodil


« Chaïbi Mohamed cherche son fils Chaïbi Benchaa âgé de 25 ans disparu le lundi 13 février 2006 à la plage de Hassi-El-Ghella. Il demande à toute personne et aux autorités qui ont des renseignements le concernant de le contacter… »

Avis de recherche diffusé dans plusieurs journaux oranais en février 2006 Mohamed Benchaa Père d’un harraga noyé

Il a été repêché dans les filets d’un pêcheur du nom de Ben Allel après avoir passé 35 jours en mer. Mon cauchemar a commencé le 13 février 2006 à 14h. Ce jour-là, c’était un lundi, j’étais allongé chez moi, quand on m’a appelé pour m’annoncer que mon fils avait fait naufrage en mer. J’en avais les jambes sciées. Mon fils ne m’avait rien dit. Ironie du sort, trois jours auparavant, j’avais présenté mes condoléances à un voisin dont le fils était mort en mer. Sa mère et moi sommes divorcés depuis vingt ans. Il était allé rendre visite à sa mère qui vit à Hassi El Ghalla. Il est parti le jeudi 9 février. Le lundi 13, j’apprends qu’il a fait naufrage en mer. J’ai appris par la suite qu’ils étaient 12 harragas. Ils ont embarqué de Oued el Jemaâ. Cinq ont survécu et sept ont été portés disparus. Parmi eux, deux seulement ont été retrouvés, dont mon fils. J’étais devenu comme fou. Je ne pouvais rien faire. J’étais à l’affût de la moindre nouvelle. J’ai même contacté l’émission « Koullou chayin moumkin*». J’ai été partout. J’ai fait toutes les morgues.
Une fois, je me suis retrouvé errant du côté de la Madrague, une plage près d’Oran. Il pleuvait des cordes et j’étais sur le point de me jeter des rochers. Il y avait des chiens errants qui me menaçaient. Je m’en fichais. Je me disais : « Mon fils est parti, autant le suivre ». On m’a tiré de là de justesse. J’étais dans un état second. Tu fais n’importe quoi dans de pareils moments. Tu deviens inconscient. Un jour, je suis tombé sur un article paru dans « La Voix de l’Oranie » intitulé : « Un cadavre dans les filets d’un pêcheur ». Je suis allé voir et c’était bien son corps. Il était méconnaissable, je l’ai reconnu à ses dents, il avait la même dentition que la mienne. Et aussi à une marque sur le front. Le petit a été déclaré mort le 25 mars 2006. Parfois, ce sont les mamans elles-mêmes qui poussent leurs enfants à enjamber la mer dans l’espoir qu’ils leur ramènent de l’euro. Ce ne sont pas que les enfants des pauvres qui partent. Il y a beaucoup d’enfants à l’aise, qui prennent le large. Je connais quelqu’un qui a une usine, et dont le fils avait tout. Eh bien, il a fugué et son père est allé jusqu’en Espagne le chercher. En vain.
Il faut une campagne nationale de sensibilisation à l’adresse de nos jeunes. Tout le monde doit s’y mettre : les médias, les autorités, les artistes, il faut même des prêches dans les mosquées pour endiguer ce phénomène qui est en train de décimer notre jeunesse. Vous voyez cette convocation de justice… Mon fils est mort et moi je suis en justice ! Quel monde ! Je suis pris à la gorge ! Ils ne devraient pas juger les harraga, mais les réseaux de passeurs. Les harragas sont victimes d’une manipulation. Les vrais coupables sont ailleurs. Il ne faut pas avoir pitié de ces gens-là. Il faut que les autorités leurs infligent des sanctions sévères. Ce sont des criminels. 20 ans de prison c’est peu pour eux !
Mon fils, on l’a repêché dans un filet, je l’ai vu, mais malgré cela, subsiste un doute, un espoir. Dernièrement, on m’a dit que mon fils était vivant et qu’il est détenu au Maroc. Ce jeune aurait dit à la police marocain qu’il est d’Oran, que ses parents sont divorcés et que sa mère vit à Hassi El Ghella. Ça m’a fait douter. La flamme de l’espoir ne s’éteint pas. J’aimerais aménager une pièce spéciale pour mon fils, y mettre toutes ses photos, ses affaires et la fermer. Je remercie Allah de me l’avoir ramené, même mort. Maintenant, je peux souffler. Avant qu’on retrouve son corps, le moindre bruit me faisait imaginer que c’était lui, qu’il était de retour. Mon cœur est encore brûlant mais c’est moins pénible que de ne pouvoir faire son deuil. Maintenant, je surveille mes autres fils. Je suis hanté par la peur de voir l’un d’eux faire la même erreur. Le ramadhan dernier, l’un d’eux, Djamel, 14 ans, a été retenu à manger chez son ami sans me prévenir. J’ai passé la nuit à le chercher en pleurant et en errant comme un fou dans les rues et les commissariats.
* « Tout est possible » : émission télévisée où des avis de recherche sont lancés.

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