Actualites






Le 06 août 2008


A lire dans la lettre d'information trimestrielle du PNUD au Maroc, l'interview de la cordinatrice du projet ALBAMAR dans la rubrique "Zoom sur un projet".


Le 26 juillet 2008


L’AFVIC a organisé une journée de sensibilisation sur les dangers de l’immigration clandestine à la bibliothèque de Ain Sbaa, destinée aux jeunes de ce quartier de Casblanca, en partenariat avec l'association Empreinte Atlas.


Le 23 juillet 2008


Découvrez les photos d'Anaïs Pachabézian sur la réalité vécue par les migrants subsahariens en transit, réalisées durant le mois d'octobre et novembre 2007 entre le Maroc et la Mauritanie.


TEMOIGNAGES DE MIGRANTS

rapport AFVIC naufrage

 

 

rapport AFVIC CCDH

 

 

 

GALERIE PHOTOS

DOCU LE PIEGE

reseau ram



temoignages

Témoignages tirés du livre La nuit sur la figure
Migrants subsahariens et maghrébins
La plupart présent en Algérie, mais aussi au Maroc et à Londres
Recueillis par Djamel Benramdane et Mustapha Benfodil


« J’ai porté mes amis sur mon dos,
je leur ai donné à boire, je leur ai donné mon souffle »


Haddane Koné, Ivoirien
Cordonnier à Alger


Je trouve que l’humanité n’existe plus aujourd’hui… Je suis le premier fils de la famille. J’ai de jeunes frères qui font des études, des amis qui ont du travail. Mais ils ont quand même des difficultés financières. Ils ont souffert pour faire ce qu’ils font. Il y a des difficultés en Afrique. Ce n’est pas parce que l’on fuit que l’on n’est pas fier d’être Africain. Nous sommes fiers. Nos parents cultivent la terre pour gagner la nourriture de l’année. Ils sont croyants et savent que c’est Dieu qui leur donne ce qu’ils ont. Ils se battent pour subvenir à leurs besoins. Moi, j’ai un métier que je veux pratiquer. Je fabrique des chaussures traditionnelles. Personne ne m’a soutenu au pays. Mon père est mort en 1993. J’ai donc décidé de sortir du pays pour chercher l’aide dans les pays voisins, gagner de l’argent en faisant mon métier.
J’ai pris des risques en empruntant cette route. Au pays, on t’explique cela mais tu ne le crois pas. En effet, celui qui t’explique les difficultés de la route apparaît pourtant 10 fois mieux que toi. Lui, il trouve à manger, il aide sa famille. Si lui le fait, tu te dis que toi aussi, tu pourras le faire. Je n’ai pas trouvé de visa. Ma mère ne voulait pas que je parte… Je suis passé par le désert. La route n’était pas facile. Il faut être croyant et fort pour emprunter cette route. Chez moi, je me suis fait escroquer par des passeurs, à Gao aussi. J’ai fait une semaine dans le Sahara. Il n’y a pas d’eau, pas de nourriture. Tout ce que Dieu fait est bien. Je croyais que c’était la fin.
Je suis passé à Oran et Maghnia. Il y a eu un contrôle de papiers. Je trouve cela normal de contrôler un étranger qui n’est pas chez lui dans un pays. Je ne leur en veux pas… On m’a refoulé dans le désert à Tin Zaouatin. Je suis remonté. Je suis allé à Maghnia. Là-bas, tu te retrouves dans les bas fonds. Il n’y a ni eau ni fleuve. Il n’y a que de la misère. J’ai fait 6 mois, j’ai failli mourir. J’ai traversé ensuite la frontière algéro-marocaine. Je me souviens sur le chemin avoir porté mes amis sur mon dos, je leur ai donné à boire, je leur ai donné mon souffle. Je n’ai jamais revu l’un d’eux.
Je suis allé au Maroc. C’était pire que le suicide. 45 personnes dans une pirogue de 10 personnes. C’est un suicide et nos gouvernements le savent. Ils laissent faire. 1000 euros ne valent pas le coup. Quand tu vois l’endroit du passage pour l’Europe à Ceuta, tu te dis qu’il faut être chanceux. Ton destin est là-bas. Soit tu meurs soit tu rentres en Espagne. Nous les Africains, nous ne devons pas risquer nos vies pour aller en Europe. Au moment du passage à Ceuta et Melilla*, un de mes frères est mort. On ne fait pas tout ça pour rien. Il faut voir la misère qu’il y a chez nous. On voit notre père qui n’arrive pas à manger. Ça fait mal. Je ne pouvais pas voir ça. Pourtant j’ai travaillé au pays. Nous ne sommes pas des fainéants. Si l’Etat pouvait nous aider, nous n’irions pas en Europe. Si l’Europe payait notre coton le prix qu’il faut, les jeunes Africains ne partiraient pas. Chez nous, il y a la terre que l’on peut travailler. Nous avons cette force. Mais nous sommes escroqués par notre Etat. Il y a des humains en Afrique, des jeunes gens qui ont besoin d’aide.
Chaque pays a son droit. Je n’en veux pas aux Algériens de nous refouler. C’est normal il faut un passeport pour rentrer dans un pays. Je n’en veux qu’à mon gouvernement. Je ne veux pas parler de racisme en Algérie. Le racisme, il commence aussi chez moi, dans mon pays. Je ne veux pas voir ma famille manger dans la poubelle. En Afrique, nous avons une dignité. Je travaille à Didouche Mourad. Je fais de la cordonnerie. Je n’ai pas appris mon métier en Algérie mais je suis fier de l’exercer ici. Au Maroc, j’ai vu des Algériens qui traversent pour aller en Europe. Ils ont la même tristesse que nous. Je veux que tout le monde vive en paix. Nous, comme les Algériens et les Marocains, nous ne devons pas perdre la vie pour rien. C’est mon message pour tous mes frères.
* Les enclaves espagnoles au Maroc

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