Actualites






Le 06 août 2008


A lire dans la lettre d'information trimestrielle du PNUD au Maroc, l'interview de la cordinatrice du projet ALBAMAR dans la rubrique "Zoom sur un projet".


Le 26 juillet 2008


L’AFVIC a organisé une journée de sensibilisation sur les dangers de l’immigration clandestine à la bibliothèque de Ain Sbaa, destinée aux jeunes de ce quartier de Casblanca, en partenariat avec l'association Empreinte Atlas.


Le 23 juillet 2008


Découvrez les photos d'Anaïs Pachabézian sur la réalité vécue par les migrants subsahariens en transit, réalisées durant le mois d'octobre et novembre 2007 entre le Maroc et la Mauritanie.


TEMOIGNAGES DE MIGRANTS

rapport AFVIC naufrage

 

 

rapport AFVIC CCDH

 

 

 

GALERIE PHOTOS

DOCU LE PIEGE

reseau ram



temoignages

Témoignages tirés du livre La nuit sur la figure
Migrants subsahariens et maghrébins
La plupart présent en Algérie, mais aussi au Maroc et à Londres
Recueillis par Djamel Benramdane et Mustapha Benfodil


« Je préfère la tamara* en euros »

Samir, 21 ans
Vendeur à la pêcherie d’Oran
A tenté l’aventure durant l’été 2006
Témoignage recueilli par Mustapha Benfodil


Des fois, je faisais jusqu’à 1500 DA de recettes par jour, des fois que dalle. Mon père a fini par perdre son emploi au port. Alors, il a dû émigrer en Espagne pour nous faire vivre. Il est là-bas depuis six ans. Mon père était décidé à me régulariser mais moi, j’étais impatient de partir, t’qallaqt. Ici, la vie est de plus en plus difficile. Les gens sont devenus matérialistes, ghir el madda. Même pour celui qui travaille, c’est dur. Misère pour misère, je vous le dis franchement : je préfère la tamara en euros. C’est beaucoup mieux que la tamara en dinars. Alors en août 2006 je me suis décidé.
Dans chaque quartier, il y a un contact qui fait circuler le bruit qu’il y aura prochainement un départ. C’est lui qui se charge de collecter l’argent pour l’achat du matériel de navigation. Nous étions 17 – en comptant le guide – à cotiser pour ce voyage. Chacun de nous devait apporter 14 millions de centimes. J’ai mis toutes mes économies dans ce voyage. Je voulais à tout prix rejoindre mon père en Espagne et commencer une nouvelle vie. Nous devions prendre le départ depuis la plage de Krystel. Notre guide avait acheté un Zodiac de 5m 80 avec un moteur neuf d’une puissance de 40 chevaux. Il avait également pris une bonne réserve de carburant pour l’aller et le retour. Car si tu tombes en panne sèche d’essence, tu es cuit. Le marché était que ce type nous conduise à destination et qu’il garde le matériel de façon à pouvoir l’utiliser plus tard et le faire fructifier pour son compte.
14 millions, c’est beaucoup, mais qu’est-ce que tu peux faire avec dans ce pays, cha baghi eddir ? Du commerce ? Tu ne peux pas, on te saisira la marchandise. Acheter un visa ? Tu seras vite disqualifié, et tu risques gros. Alors, il ne te reste qu’à investir dans le boti (petit bateau, barque). Comme on dit, l’argent ramène l’argent. Ce que tu perds ici, tu le récupères au centuple de l’autre côté, avec la belle vie en prime. Certains étaient originaires des environs de Relizane. Leur famille avait été décimée par le terrorisme, d’autres en avaient une partie montée dans les maquis. Les uns comme les autres n’avaient plus aucun avenir ici. Que veux-tu qu’ils fassent ? Tu es obligé de prendre le large, c’est obligé, m’hetma alik ! (Tu n’as pas le choix). Plein de jeunes de mon quartier, dont des amis, sont partis. Certains sont arrivés sains et saufs, d’autres ont disparu en mer. Koulha ou mektoubou, à chacun son destin.
J’ai rassuré ma mère, en lui disant que j’allais partir dans un grand bateau de plaisance, très bien équipé, et que de toute façon, l’Espagne était à côté et que j’allais rejoindre mon père. J’ai pris quelques effets, des biscuits et un casse-croûte, également un sirop contre le mal de mer et j’ai rejoint mes amis. Je n’avais pas un euro sur moi. Pour ça, je comptais sur un copain qui avait 200 euros. Nous nous sommes entassés à 17 dans le Zodiac. Nous étions serrés comme des sardines. Le guide nous a assuré que dans douze heures au plus tard, nous serions à bon port. A un moment donné, j’ai eu le sentiment que nous étions encerclés par les flots. Nous étions noyés dans l’obscurité, il faisait froid. Nous avions une peur bleue et nous pensions au pire. T’qaraa fel mout. Tu vois la mort rôder autour de toi, tout comme les gros poissons. Le GPS était pourtant réglé sur Almeria, la ville espagnole qui nous faisait face. Notre plan était de nous approcher des côtes d’Almeria et de rejoindre la terre ferme par une brèche pas très surveillée. Nous devions nous fondre dans une forêt et prendre chacun son chemin. Nous nous sommes perdus, pendant deux jours je n’ai rien mangé, j’avais consommé mes maigres provisions. Pour dormir, c’était la galère. Il faisait froid la nuit, chaud le jour. Il n’y avait que la mer et rien d’autre. Nous nous voyions abandonnés à notre sort au milieu de ce désert bleu et mangés par les poissons. Nous pleurions comme des gamins.
A un moment, nous avons croisé un navire de guerre US et un cargo britannique. L’un de nous qui baragouinait l’anglais a échangé quelques mots avec le capitaine du navire. Il nous a traité de fous : nous étions à 300 km des côtes espagnoles. Il a alerté les gardes-côtes espagnols. Sans lui, nous serions morts. La Croix-Rouge espagnole et la Guardia ibérique nous ont donné des couvertures, à manger, offert des vêtements chauds. Ils nous ont répartis sur des camps à Almeria. Je me suis retrouvé dans un centre où il y avait 120 détenus. J’ai été incarcéré dans une grande salle avec une trentaine d’immigrants. Nous avons été présentés au procureur, accompagnés d’un interprète. On m’a expliqué que si j’étais retenu pendant 40 jours, j’avais de fortes chances d’être gardé en Espagne. Dans le cas contraire, je serais relâché. Anta ou zahrak, toi et ta chance.
Je suis resté 29 jours en tout. J’étais bien traité. On avait tout : des couvertures propres, des articles de toilette, des détergents, on mangeait très bien. Les Espagnols ont été très gentils. Mon problème, ça a été le Consulat d’Algérie à Alicante. C’est sur recommandation du consul que l’immigrant algérien est gardé ou expulsé. Manque de pot, j’ai fait partie des expulsés. Sur 53 Algériens, 20 sont restés et tous les autres ont été renvoyés au bercail. Ça m’a fait un coup de rentrer. J’étais prêt à passer un an supplémentaire en prison là-bas avec la promesse d’être régularisé en fin de parcours, plutôt que de revenir à la case départ.
L’Espagne, pour le peu que j’en ai vu, ma séduit. Elle est belle, propre, il y a du travail. Quel dommage ! J’ai pleuré quand j’ai été expulsé. J’étais dégoûté. Mais pour autant, je ne suis pas près de recommencer. J’ai vu la mort de très près, c’était affreux. J’ai retenu la leçon. Plus de boti. Je ferai tout pour repartir dignement, avec mes papiers. J’attendrai gentiment que mon père fasse le nécessaire. Il n’y a aucun avenir ici. Là-bas, tu pars de rien, tu as le boulot, le logement, tout. Moi, j’ai un voisin qui est là-bas, chez mon père. Il est parti de rien et il a aujourd’hui une bonne situation. S’il y avait le minimum ici, personne ne songerait à partir.
*la galère

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